LePartisan.info

REVUES

Lien du flux RSS
L’expertise universitaire, l’exigence journalistique

27.09.2026 à 11:06

Cimetières, le grand déménagement

Marie Fruiquière, Associate professor, Ecole Nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux (ENSAP Bordeaux); Université de Strasbourg
Damien Charabidzé, Professeur en Biologie, Université de Lille
Les cimetières ne sont pas immuables : il arrive qu’ils doivent déménager. Des chantiers complexes, qui pourraient être amenés à se multiplier, en raison du changement climatique notamment.

Texte intégral (3276 mots)

Que deviennent nos corps après notre décès ? Dans des sociétés où la mort est de plus en plus invisibilisée, comment ont évolué nos rites ? Demain, à quoi ressembleront les cimetières ? L’enterrement ou l’incinération seront-ils remplacés par d’autres méthodes ? Comment le numérique transformera-t-il nos pratiques funéraires ?

Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, nous vous proposons une série de six articles sur le thème « Le corps après la mort », rédigés par des experts et illustrés par le dessinateur Vito.

Ce premier épisode est consacré aux cimetières. Ces lieux dévolus au repos éternel ne sont pas immuables et doivent parfois être déplacés. Mais « translater » un cimetière n’est pas une mince affaire…


L’ESSENTIEL

  • Les conséquences du dérèglement climatique pourraient engendrer l’augmentation du nombre de déplacements de cimetières dans les prochaines décennies.

  • Les « translations » de cimetières sont des chantiers complexe, qui peuvent s’étaler sur de très nombreuses années.

  • Les projets de déménagement de cimetières sont sensibles, notamment parce qu’ils redéfinissent le rapport des familles à leurs défunts et à la sépulture.


Au-delà de leur apparente permanence, les cimetières sont des espaces en mouvement. Relativement récent dans sa forme actuelle, le cimetière a, par le passé, été amené à déménager à plusieurs reprises.

Des nécropoles romaines aux cimetières paroissiaux en passant par les cimetières contemporains, ces chantiers de « translation de cimetières » ont notamment accompagné les grandes évolutions sociétales sur les pratiques funéraires.

Ces scénarios de translations de cimetières n’appartiennent pas seulement au passé, mais constituent une actualité bien présente au regard des défis environnementaux, interrogeant parallèlement les enjeux relatifs à la création de nouveaux cimetières.

Quelles leçons retenir du passé ?

D’un point de vue historique dans le contexte français, les premières migrations de sépultures sont liées au développement du christianisme, lequel a conduit au rapprochement des sépultures vers les lieux sacrés. Mais au 16e siècle, le fonctionnement des cimetières paroissiaux s’est complexifié dans les milieux urbains, en raison du manque de place et des problématiques sanitaires liées à l’accumulation des corps en décomposition.

En plus d’interdire les inhumations dans les églises, la déclaration royale du 10 mars 1776 ordonne alors l’agrandissement ou le transfert des cimetières pouvant nuire à la salubrité de l’air. En 1780, la fermeture du cimetière parisien des Innocents, suite à l’effondrement de son charnier, marque l’un des déménagements de cimetière les plus célèbres. Ce déplacement a en effet non seulement engendré la création des catacombes, mais aussi celle des grands cimetières parisiens (aujourd’hui intramuros) comme le Père-Lachaise.

À la même période, le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804) pose les bases de la législation funéraire, encore en vigueur aujourd’hui dans le Code général des collectivités territoriales, notamment en matière de translation et de création de cimetières.

Plus récemment, d’autres facteurs ont pu conduire à la translation de tout ou partie de cimetières. Citons, par exemple, la création de barrages hydroélectriques dans les années 1960-1970, qui a conduit à la reconstruction de villages entiers, comme à Bord-les-Orgues et Naussac, ou encore les projets d’infrastructures de transport, tels que celui qui a mené au déplacement, en 2010, de l’ancien cimetière de l’hôpital psychiatrique de Navarre, à Évreux (connu sous l’appellation « cimetière des fous »), situé sur le tracé d’un contournement autoroutier.

À l’avenir, des déménagements de cimetières dus au changement climatique ?

Dans une vision davantage prospective, ce sont les conséquences du dérèglement climatique qui pourraient engendrer l’augmentation du nombre de translations de cimetières dans les prochaines décennies.

Les exemples internationaux accréditent cette hypothèse. Ainsi, en 2014, le cimetière d’Oso, dans l’État de Washington, aux États-Unis, a dû être relocalisé temporairement sur un terrain moins instable, en raison d’un glissement de terrain massif. En Angleterre, à Happisburg, c’est l’érosion qui menace le cimetière, établi à flanc de falaise.

En France, il existe déjà des situations critiques, comme à Jugon-les-Lacs, en Bretagne, non loin de Dinan, où le conseil municipal, après de premières délibérations en 1986 et 1991, a confirmé en juillet 2022 la décision de fermer le cimetière autour de l’église, car il se situe en zone inondable. Sur le littoral, la submersion marine projetée montre que les villes côtières, dont certaines sont très urbanisées, pourraient également voir leurs cimetières engloutis, comme à Dunkerque ou Saint-Malo. Non moins sensibles, les régions de montagne connaissent leurs propres risques, comme à La Bérarde, ensevelie par une lave torrentielle liée à la fonte des glaciers en juin 2024.

Photo du cimetière de l’église de Jugon-les-Lacs
À Jugon-les-Lacs, le déplacement du cimetière de l’église, situé en zone inondable et photographié ici en 2011, a été acté. Pymouss / Wikimedia Commons, CC BY

Bien que la question des cimetières soit encore peu abordée dans ces scénarios, et à défaut de stratégies d’évitement, d’atténuation ou de résolution des enjeux climatiques, de tels évènements imposent aujourd’hui pour certains d’envisager leurs translations au risque, en cas d’inaction, de les voir disparaître sous les flots et la boue.

Mais comment procède-t-on pour déménager un cimetière ?

Ouvrir un cimetière pour en fermer un autre

Toute translation est avant tout conditionnée à l’ouverture d’un nouveau cimetière, ou au fait qu’un cimetière existant dispose de suffisamment de place pour accueillir l’ensemble des restes mortels du cimetière à déménager.

Dans le cas d’une ouverture, les dispositions réglementaires du Code général des collectivités territoriales donnent des indications sur la surface du cimetière et ses capacités d’inhumations : nombre présumé des défunts, taille des sépultures et des entre-tombes, etc. Elles posent également un cadre en termes de localisation (terrains les plus élevés exposés au nord, profondeur de la nappe phréatique, etc.) et d’aménagements, tels que la mise en place d’un ossuaire dans l’enceinte du cimetière pour accueillir les restes mortels exhumés.

À l’échelle du territoire, les documents d’urbanisme comme le plan local d’urbanisme (PLU) renseignent des contraintes supplémentaires, comme l’existence d’orientations d’aménagements et de programmation qui définissent les stratégies d’aménagements du territoire en fonction des besoins, notamment l’identification, la quantification et la spatialisation du besoin en logements, ou l’identification d’une zone à enjeux pour la création de zones d’activités, etc. De manière semblable, les trames environnementales, à l’instar de la trame verte et bleue, constituent des réseaux de continuités et de réservoirs écologiques où les aménagements sont souvent limités pour éviter la fragmentation des milieux naturels.

Ces conditions s’avèrent parfois difficiles à concilier dans les milieux urbains, où le foncier se raréfie et se morcelle et où les quelques terrains disponibles sont rarement attribués de manière prioritaire aux espaces funéraires.

La création du nouveau cimetière fait par ailleurs l’objet d’une procédure complexe et chronophage, avant que puissent enfin être réalisées les premières (ré-)inhumations : processus délibératifs communaux (voire intercommunaux), transactions foncières, obtention des autorisations d’urbanisme nécessaires, diagnostics préopérationnels (hydrogéologique, écologique, archéologique, etc.), études ou enquêtes publiques sont autant d’étapes préalables avant le démarrage des travaux.

Enfin, dès lors que le nouveau cimetière est livré, la translation en elle-même peut débuter.

Fermeture, affermage, vente : comment s’effectue un déménagement de cimetière ?

Le cimetière étant un équipement public, le pouvoir de décision d’une translation revient généralement au conseil municipal (sauf si la compétence funéraire a été reprise par un Établissement public de coopération intercommunale tel qu’une métropole). Une fois la décision de translation arrêtée, le processus de déménagement s’opère en trois phases juridiquement qualifiées.

Lorsque la translation d’un cimetière a été actée, l’attribution de nouvelles sépultures n’y est plus possible. Des inhumations peuvent cependant encore être réalisées dans les caveaux existants s’il y reste des places disponibles (sauf si le terrain du cimetière à fermer est reconnu d’utilité publique - à l’image des infrastructures énergétiques ou de transport par le passé).

En dehors de ces éventuelles inhumations, le cimetière doit rester en l’état et sans usage durant les cinq années qui suivent la délibération, en écho au délai de rotation minimal durant lequel les dépouilles ne peuvent être exhumées qu’à la demande de l’autorité judiciaire ou de la famille. Ainsi, la commune ne peut d’office procéder à des transferts de restes mortels.

Durant ce délai, les familles ont la possibilité de demander l’exhumation de leurs défunts pour qu’ils soient réinhumés gracieusement dans le nouveau cimetière, sur un emplacement égal en superficie à la concession initiale. L’exhumation se fait aux frais de la commune, mais cette dernière peut exiger que les familles titulaires de la concession prennent en charge la dépose, la repose ou la démolition du monument, ainsi que les éventuelles dépenses de pompes funèbres.

La deuxième phase débute une fois ces cinq ans passés. La commune peut alors procéder d’office aux exhumations et transferts de restes mortels encore présents. Les tombes non déménagées par les concessionnaires et ayants droit ont théoriquement vocation à être transférées avec le bénéfice de la concession, si cette dernière n’est pas arrivée à échéance. Néanmoins, à défaut de demande, la pratique consiste souvent dans le regroupement des restes dans un ossuaire.

Une fois les exhumations finalisées, le cimetière peut faire l’objet d’un déclassement du domaine public permettant de « louer » le terrain désaffecté à un tiers, à condition qu’il ne fasse l’objet d’aucune fouille ou fondation pour des constructions jusqu’à ce que les conditions de la troisième phase ne soient réunies.

La dernière étape est celle de l’aliénation du cimetière, autrement dit de la cession de la propriété du terrain. Cette aliénation ne peut avoir lieu qu’après cinq ans d’affermage et dix ans après la dernière inhumation. La commune peut alors, si elle le souhaite, vendre le terrain du cimetière.

Au final, il est difficile d’estimer la durée moyenne d’une translation tant les variables sont nombreuses : raison et urgence de la translation, nombre de sépultures à transférer, durée du projet de conception et construction du nouveau cimetière, le cas échéant, comprenant les éventuelles acquisitions, les études, les travaux et tous les aléas d’un chantier, etc. Bref, à défaut de pouvoir donner un temps moyen, nous pouvons ici rappeler qu’à Jugons-les-Lacs, le projet de translation du cimetière a débuté il y a déjà 40 ans.

Des chantiers complexes

En raison non seulement de la logistique, mais aussi du poids financier qu’ils représentent, les chantiers de déménagement de cimetières restent à ce jour relativement rares. L’orchestration d’un tel chantier soulève en effet des questions organisationnelles complexes pour les communes.

Au-delà des temporalités longues, ces opérations impliquent un suivi assidu. Celui-ci doit être poursuivi malgré d’éventuels changement au sein du personnel municipal, et quelle que soit la succession des agendas politiques ou autres évènements dépassant les conditions d’exercice de l’institution publique locale.

En outre, ces déménagements nécessitant souvent la création d’un nouveau cimetière, ils impliquent des enjeux fonciers et environnementaux qui peuvent rajouter une complexité supplémentaire.

De ce fait, historiquement, ces opérations de transferts n’ont pas toujours été menées, comme en témoigne la présence récurrente de cimetières au pied de certaines églises. Cependant, les enjeux climatiques pourraient contraindre dans les prochaines années les décideurs à devoir considérer l’éventualité de translations contemporaines.

Une redéfinition des rapports aux défunts et aux sépultures

La translation d’un cimetière est un chantier à deux visages. D’un côté, elle peut constituer un levier de transformation des espaces et pratiques funéraires. Ouvrir un nouveau cimetière permet de faire évoluer sa gestion technique et administrative et son aménagement, en proposant par exemple des sépultures alternatives ou en y laissant davantage de place pour les natures.

De l’autre côté, la fermeture de l’ancien cimetière peut entraîner la perte d’un patrimoine funéraire ou des contradictions avec les logiques de limitation de l’artificialisation des sols ou d’optimisation des ressources (financières, foncières, naturelles, etc.).

Pour terminer, soulignons que les translations de cimetière redéfinissent le rapport des familles à leurs défunts et à la sépulture.

Les recherches qui se sont penchées sur la question des déplacements de villages ont révélé la sensibilité de « l’objet cimetière ». Celui-ci cristallise l’ancrage à un territoire, et son déménagement peut parfois être garant du bon déroulé du déplacement des populations, au-delà du relogement des vivants.

Les exemples du passé peuvent nous aider à appréhender certains écueils, qu’il s’agisse de la désorganisation des exhumations ou du mauvais phasage pour l’ouverture du nouveau cimetière. Ils permettent aussi de clarifier certaines procédures sur le plan juridique, notamment la publicité autour des exhumations, ou le statut des restes mortels exhumés d’une concession active par la commune.

Enfin, en fonction de leur éloignement, l’emplacement des nouveaux cimetières peut venir questionner la mise à distance de la mort, voire son invisibilisation.

Derrière le travail d’anticipation du déménagement se joue donc aussi la construction des récits pour (et par) ceux qui restent. L’enjeu est qu’ils puissent eux aussi, à côté des institutions territoriales et étatiques, être acteurs de ces grands changements, qui pourraient prendre place dans un monde incertain.


Remerciements :

- Les planches de la bande dessinée ont été réalisées par Victor Locuratolo (@Vito) ;
- Le scénario a été coécrit par Victor Locuratolo et Damien Charabidzé, l’initiateur de cette série d’articles ;
- Cette publication a été rendue possible grâce à un financement de l’Union du Pôle Funéraire Public (UPFP), structure réunissant les acteurs publics du funéraire afin de défendre et promouvoir leurs services, tout en garantissant un accompagnement digne, éthique et accessible à tous les citoyens. Elle a également bénéficié d’un financement de la Direction Culture de l’Université de Lille, dans le cadre de son soutien aux projets de recherche et de diffusion associant arts et sciences.

The Conversation

Marie Fruiquière est membre de la Ville et Eurométropole de Strasbourg et participe à ce titre à l'Union du Pôle Funéraire Public. Ses recherches ont précédemment bénéficié de financements de l'Association Nationale de la Recherche et de la Technologie, de la Ville et Eurométropole et de la Fondation Palladio. Aucun de ces acteurs n'a participé à la rédaction ou à la relecture de cet article ni ne tire profit de cet article.

Damien Charabidzé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

27.09.2026 à 11:03

Xenia Fedorova, or how Russian propaganda turns free thinking on itself

Antoine Marie, Chercheur post-doctorant, Sciences Po; École normale supérieure (ENS) – PSL
Maxime Audinet, Assistant Professor in International Relations and International Communication, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco)
The Fedorova case is emblematic of a rhetorical method used by Russian propaganda: appealing to the targeted public’s critical thinking to convince them to disregard sources seen as “official” and “dominant.”

Texte intégral (1929 mots)

KEY TAKEAWAYS

• On September 24, the European Union sanctioned Xenia Fedorova, the Russian former head of the French arm of Russia Today (RT) and media commentator for the Bolloré group for her role in engaging in foreign information manipulation and interference (FIMI). It follows a French expulsion order against the Russian propagandist in July 2026.

• Accused of spreading Kremlin propaganda, she counterattacks by presenting herself as the victim of “single-minded thinking” spread by mainstream media in Western countries.

• In doing so, she exploits a clever rhetorical and cognitive mechanism: rather than trying to convince us, the aim is to turn our own aspiration to critical thinking against “official” sources, to push Russian propaganda.

The European Council has decided to adopt restrictive measures against Xenia Fedorova for her role in Russia’s continued hybrid activities, and in particular for engaging in foreign information manipulation and interference (FIMI), “thereby undermining democracy and stability in the EU and its member states”.

The former head of the French network of Russia Today (RT) until the ban of this Russian state media outlet by the European Union after Russia’s 2022 invasion of Ukraine, Xenia Fedorova had found, early 2025, a prime platform in the media outlets owned by French media mogul Vincent Bolloré: CNews, Europe 1, JDNews. It was via these channels that she regularly defended the Kremlin’s positions on the war in Ukraine, minimising the Russian invasion, or downplaying the documented abduction of Ukrainian children reported by the international press.

In late July 2026, France issued a deportation order against Fedorova, after Interior Minister Laurent Nuñez accused her of being “a channel for disinformation campaigns run by Russian authorities”, while the Minister for Europe and Foreign Affairs Jean-Noël Barrot branded her a “card-carrying propagandist”. Fedorova disputes these labels – she has filed appeals against the deportation proceedings, without success – and presents herself as a marginalised, even “banned” voice from a restrictive French media landscape (echoing the title of her book, published in 2025 by Fayard, a publishing house owned by Vincent Bolloré).

It is this last argument that deserves closer attention. As outlined in Maxime Audinet’s latest book on Russia Today (RT), Fedorova’s rhetorical method consists of relaying, without the slightest criticism, the official Russian narratives on the war in Ukraine and other topics, all the while presenting RT as a “counter-hegemonic” and “alternative” media outlet standing up to a supposed “single-minded thinking” of Western media.

Youtube (don’t forget to activate dubbing in English)

The established account – which finds, through multiple independent and expert sources, Russian aggression and the illegal annexation of Ukrainian territories – is never engaged with on its merits. It is instead recast as a “dominant”, institutional narrative, and therefore suspect by construction. Fedorova’s own speech, meanwhile, dons the garb of the persecuted outsider that authoritarian establishment forces would supposedly like to silence.

An old cognitive reflex, turned on itself

This process is not improvised, nor is it simply a matter of Fedorova’s personal skill. It exploits a mechanism well documented by cognitive science: epistemic vigilance.

According to the work of Dan Sperber, Hugo Mercier, and their colleagues, humans possess intuitive capacities to assess not only the content of a message, but also the reliability of its source – particularly its capacity, willingness and interest in deceiving us. The more powerful a source appears, the more it seems positioned to manipulate us and capable of harming us should it try to deceive us. As a result, the more powerful a source – for instance because it is governmental – the more this informational filter is likely to be triggered, especially in the minds of citizens with low trust in political institutions.

Epistemic vigilance is a generally healthy reflex: it keeps us from believing just anyone at their word and from being exploited. Communication could only have evolved, over the course of our species’ history, because it was, on average, advantageous for both those who send and those who receive messages – something only possible if instances of deception can be detected.

But this vigilance mechanism can be hijacked, exploited for ends contrary to individuals’ interest in knowing the truth. By labelling the true Western narrative on Ukraine as “single-minded thinking” in order to discredit it, Fedorova activates this aspiration to critical, independent thinking among a public that has legitimately been burned by real precedents of lies or contradictions in governmental discourse. Among these lies and contradictions, one can cite the lies of the G.W. Bush administration regarding supposed Iraqi weapons of mass destruction in 2003, but also France’s contaminated blood scandal, the signing of the Lisbon Treaty despite the “no” vote on the European Constitution project, or the inconsistencies of Emmanuel Macron and his government regarding the effectiveness of masks during the COVID-19 pandemic.

Ordinary citizens who are receptive to Fedorova’s and Russian propaganga often do not realise the reasons why the European discourse on Ukraine is more reliable than the Russian one. The European discourse has been produced by institutions that broadly follow collective, distributed, and professional fact-checking procedures like independent audit and expertise, peer review, cross-referencing of sources. A European expert or journalist who publishes a major error about who triggered the war in Ukraine risks torching their reputation, and potentially loosing their job. The fact those institutions operate in European, by and large democratic nations with free elections, political pluralism and an independence of powers means their claims are subject to a much higher degree of scrutiny, to stronger demands for transparency and integrity than the Kremlin’s discourse.

Meanwhile, Fedorova’s own source, the Russian state – an aggressor state defending its own narrative of a conflict it started – escapes the same suspicion, even though it ought to be the prime target of it.

A classic technique in Russian influence operations

This is not an isolated invention. Political communication specialist Ilya Yablokov showed, as early as 2015 in the journal Politics, that RT builds a significant part of its editorial strategy on mobilising conspiracy theories aimed precisely at delegitimising Western narratives by portraying them as instruments of a hidden power, all while presenting Russian positions as the authentic voice escaping this control.

Social scientists Christopher Paul and Miriam Matthews theorised a similar type of Russian disinformation effort under the name of the “firehose of falsehood”: the production of a massive volume of false content, disseminated continuously across multiple channels, with no concern for internal consistency.

According to the authors, the goal of this latter type of disinformation is often not so much to convince the audience of one particular alternative version of the facts, but rather to produce a generalised cynicism: the idea that the truth is unknowable anyway, that no one can be trusted, which renders any rational debate grounded in shared facts pointless. Sometimes, sowing doubt is enough: it is not always necessary to secure acceptance of a given claim.

Excessive intellectual conservatism, uneducated scepticism

It would be tempting to conclude that the public, who is convinced by this kind of “anti-establishment” discourse, is simply ‘gullible’. It is, in a sense, the opposite. As Sperber, Mercier, and their colleagues point out in their work on epistemic vigilance, the dominant bias in human cognition is not to believe others too readily. It is rather a form of epistemic conservatism, a difficulty in granting another person’s testimony – including that of a legitimately informed or expert source – the trust it would deserve.

The paradox of this type of conspiratorial discourse is that scepticism, supposedly meant to protect us, ends up turning against the institutions – professional academics, investigative journalists, ministries of European democracies – which, despite their imperfections, remain the best equipped to establish facts, thanks to collective editorial and methodological procedures.

Trust is then redirected towards far less verified and regulated sources, such as the official discourse of the Russian state, which has no internal counterbalancing power, on the grounds that these are “non-dominant”, “unofficial” voices – an appeal that seduces minds with low political trust and a desire for independence.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Antoine Marie received funding from France's national research fund (ANR) as part of his research.

Maxime Audinet received funding from France's national research fund (ANR) as part of his research.

27.09.2026 à 11:02

De la survie à la gastronomie : comment l’alimentation spatiale révolutionne l’exploration et la science

Alain Maillet, Chef de projet à MEDES dans le domaine des sciences de la vie et responsable de l'expérience Food Processor pour le Cadmos (Centre d'Aide au Développement des Activités en Micropesanteur et des Opérations Spatiales), Centre national d’études spatiales (CNES)
Manger dans l’espace, c’est bien plus que se nourrir. C’est un acte de résistance physiologique face à la micropesanteur, un rempart psychologique contre l’isolement et un terrain d’innovation technologique pour les missions futures.

Texte intégral (1919 mots)
Une recette de saumon au citron, développée par le Cnes dans le cadre des _Special Event Meal_ (repas pour les événements à bord). Le plat a été placé sur une tortilla et assaisonné avec de la sauce piquante et de la crème à l’ail par un des astronautes de la mission. NASA, Fourni par l'auteur

L’ESSENTIEL

  • Le 12 avril 1961, Youri Gagarine devient le premier humain à orbiter autour de la Terre. Dans sa capsule Vostok, il ne dispose que de neuf produits alimentaires conditionnés en tubes : soupes, jus et purées.

  • Soixante ans plus tard, à bord de la Station spatiale internationale (ISS), les astronautes choisissent parmi plus de 300 recettes, allant du cocktail de crevettes lyophilisé aux repas événementiels français, en passant par d’occasionnels produits frais.

  • Cette évolution n’est pas anodine. Manger dans l’espace, c’est bien plus que se nourrir. C’est un acte de résistance physiologique face à la micropesanteur, un rempart psychologique contre l’isolement et un terrain d’innovation technologique pour les missions futures.


Pour les astronautes, l’alimentation est un des piliers de l’exploration humaine au-delà de notre planète. Comment concilier des contraintes extrêmes comme la microgravité, la durée des missions et la logistique avec une alimentation à la fois nutritive et plaisante ?

Entre science, ingénierie et art culinaire, l’alimentation spatiale a suivi une courbe aussi vertigineuse que les trajectoires des fusées qui la transportent.

Des tubes aux salades fraîches

Lors des premières missions, comme Vostok pour les Soviétiques (1961) ou Mercury (1961-1963) pour les Américains, l’objectif était alors de prouver que l’humain pouvait mâcher, avaler et digérer en micropesanteur, une capacité qui n’allait pas de soi pour les scientifiques de l’époque. Les craintes initiales (étouffement, régurgitation ou mauvaise digestion) se sont rapidement dissipées, mais au prix d’une expérience gustative peu engageante.

De fait, à cette époque, les astronautes rapportaient souvent ces aliments non consommés, et les tubes présentaient des limites majeures : un goût atténué, une texture peu naturelle et une logistique complexe, notamment pour doser les portions. Les cubes de beurre de cacahuète, utilisés pendant les missions Mercury et Gemini (1965-1966), en sont un exemple emblématique. Conçus pour éviter les miettes dans un environnement en micropesanteur, ils offraient une texture pâteuse et un manque de croquant.

Pourtant, ces premières tentatives ont ouvert la voie à des innovations majeures. Avec l’allongement progressif des missions, notamment à partir des programmes Salyut (1971-1991), Apollo (1968-1972), Skylab (1973-1974) et jusqu’à six mois pour Mir (1986-1999), les agences spatiales ont dû repenser l’alimentation.

Ainsi, les aliments déshydratés et lyophilisés – soupes, jus, café, mais aussi viandes et légumes – sont devenus la norme. Légers et faciles à réhydrater, ils permettent de diversifier les repas tout en respectant les contraintes de poids et de volume. Les recettes conditionnées en boîtes métalliques (conserves) et viandes en sachets souples sont traitées par ionisation (un procédé de conservation à froid par destruction des microorganismes) ont également permis d’offrir des plats plus variés, comme des morceaux de bœuf aux champignons ou des salades de fruits tropicaux.

Une avancée majeure, au moment des missions Apollo dans les années 1960 et 1970, a été la possibilité de réchauffer les aliments, d’abord avec de l’eau chaude pour le lyophilisé, puis les boîtes de conserve. Les repas sont devenus chauds et plus variés.

Aujourd’hui, à bord de l’ISS, les astronautes disposent de menus d’une variété impressionnante. Les aliments lyophilisés ou déshydratés, comme le curry de poulet aux noix de cajou, les œufs brouillés ou les lasagnes à la viande, se réhydratent en quelques minutes avec de l’eau à température ambiante ou chaude. Les aliments à faible teneur en eau, fruits secs, biscuits ou barres vitaminées, complètent ces repas. Les aliments frais, comme les fruits et quelques légumes, sont disponibles pendant quelques jours après l’arrivée des vaisseaux ravitailleurs.

La collaboration internationale joue un rôle clé dans cette diversité alimentaire. La Nasa et Roscosmos fournissent toujours chacun 50 % de la masse alimentaire envoyée à l’ISS.

Le Centre national d’études spatiales (Cnes) français propose, quant à lui, pour tous les astronautes des repas événementiels pour marquer des occasions spéciales, comme des anniversaires ou des fêtes, ou dans le cadre d’expériences scientifiques, à raison d’un ou deux repas par mois.

Les agences japonaises (JAXA) et européennes (ESA) fournissent également des recettes nationales lorsque leurs astronautes sont à bord, par exemple l’effiloché de bœuf à la vanille fumée et à l’ail noir, créé par la cheffe Anne-Sophie Pic, pour l’astronaute Sophie Adenot de la mission Epsilon.

Les trois piliers de l’alimentation spatiale

L’alimentation dans l’espace ne se limite pas à combler des estomacs. Elle repose sur trois enjeux majeurs : la santé, la psychologie et la logistique.

Chaque astronaute consomme en moyenne près de 2 500 à 3 000 calories par jour, un apport similaire aux recommandations terrestres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais adapté à leur métabolisme et à leur niveau d’activité physique. En effet, malgré les deux heures et demie d’exercice quotidien obligatoire (tapis roulant, vélo, ergomètre ou dispositif de musculation), leurs muscles, notamment ceux du dos et des membres inférieurs, ne sont que peu sollicités le reste du temps.


À lire aussi : Comment le vivant s’adapte dans l’espace


Pour compenser, les équipes médicales veillent à ce que leur alimentation soit suffisamment riche en protéines, en calcium et en vitamine D, afin de lutter contre la perte osseuse et musculaire induite par la micropesanteur.

D’un point de vue psychologique, les repas jouent un rôle crucial. Dans l’espace, où chaque journée est rythmée par des tâches individuelles, expériences scientifiques, maintenance de la station, entraînement physique ou suivi médical, les repas, et notamment ceux du soir ou de la fin de semaine, sont des moments privilégiés de convivialité. Ces moments de sociabilité nous semblent essentiels pour maintenir le moral et la cohésion d’équipe, surtout lors des missions de longue durée.

Enfin, la logistique représente un défi de taille. Chaque kilogramme envoyé dans l’espace a un coût non négligeable et l’espace de stockage est limité. Les aliments doivent donc être légers, compacts et stables sur de longues périodes.

Vers l’autosuffisance : cultiver et recycler dans l’espace

Pour les missions de très longue durée, comme celles envisagées vers la Lune ou Mars, une meilleure autonomie alimentaire devient indispensable. Plusieurs pistes sont actuellement explorées pour y parvenir, dont le projet MELiSSA, développé par l’Agence spatiale européenne (ESA) – un système en boucle fermée pour recycler le dioxyde de carbone, l’eau et les déchets organiques afin de produire de l’oxygène et permettre de la culture végétale – ou ceux menés par le projet Spaceship FR sur l’optimisation de la pousse végétale.

Enfin, les systèmes de recyclage des ressources, comme MELiSSA ou ceux étudiés par le Spaceship FR, visent à recycler 100 % des déchets organiques (urine, dioxyde de carbone, plantes non comestibles) pour faciliter la pousse de végétaux.

À bord de la Station spatiale internationale, des expériences de culture végétale ont déjà été menées avec succès. Les astronautes ont pu cultiver et consommer des salades, et des tests sont en cours pour d’autres plantes comme des tomates ou des piments. Ces cultures ne se contentent pas d’apporter des vitamines fraîches, essentielles à la santé des équipages, elles ont aussi un effet psychologique positif.

Jardiner et récolter ses propres aliments améliore le moral et offre une activité gratifiante dans un environnement par ailleurs très contrôlé. La validation à terme de ces projets pourrait permettre aux astronautes de cultiver leurs propres aliments, réduisant ainsi leur dépendance aux ravitaillements terrestres.

La santé des astronautes est également une préoccupation majeure. En micropesanteur, les astronautes subissent une perte osseuse de 1 à 2 % par mois et une atrophie musculaire pouvant atteindre 20 % de leur masse musculaire. Pour contrer ces effets, leur alimentation devra être riche en protéines (entre 1,2 et 1,6 gramme par kilogramme de poids corporel et par jour), en vitamine D et en calcium. Les aliments riches en antioxydants, comme les fruits et légumes frais, joueront également un rôle clé dans le maintien de leur système immunitaire.


Roxane Coiffet, nutritionniste à MEDES, un groupement d’intérêt économique ayant pour membres le Cnes, le CHU de Toulouse, l’Université Paul-Sabatier à Toulouse, l’Université de Clermont-Ferrand, l’Université de Bordeaux, le CH d’Angers et les universités de Caen et de Montpellier.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Alain Maillet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

RARE PHOTOS: Revues | Vintage Vibes

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
✝ Période
 
  ARTS
Actualitté
Autre Quotidien (L')
Beaux Arts
Collateral
Recours au poème
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Libre à lire (April)
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview